Personæ, Conscient, Inconscients

Le moi

Être conscient, c’est percevoir et reconnaître le monde extérieur ainsi que soi-même dans ses relations avec ce monde extérieur. Au centre de la conscience, il y a ce qu’on appelle “le moi”.

D’après Carl Gustav Jung (1875-1961), “le moi” est un agrégat complexe de sensations, de perceptions, d’affects, de pensées, de souvenirs.

Le costume du Moi est nommé “persona” (le masque).
C’est notre enveloppe extérieure qui est chargée de faciliter l’adaptation à la société. Grâce à elle, nous allons pouvoir jouer notre rôle et entrer en relation avec le monde. Ce masque se construit dès l’enfance en privilégiant les aspects de son caractère qui lui semblent nécessaires à son intégration dans l’organisation sociale.

La persona

La “persona” est une nécessité : c’est l’adaptation, par l’apprentissage (parents, amis, relations, institutions), à la manière d’exister dans notre environnement de vie. En astrologie, on parlera de l’ascendant, la maison 1.

C’est un compromis entre l’individu et la société, où l’opinion des autres a souvent plus d’importance que celle de l’individu lui-même. Le risque est qu’en étant en perpétuelle représentation sous le masque de la ”persona”, l’individu peut étouffer partiellement ou totalement sa vraie nature et finir par devenir : le paraître du rôle qu’il incarne.

Ce moi, cette personnalité refoulée, aura naturellement des tendances à s’opposer à celles du conscient et sera à l’origine de phénomènes d’inadaptation et de troubles.

La façade sociale représentée par la “persona” donne une illusion d’individualité et de liberté, mais la “persona” est seulement une apparence, les masques sous lesquels se dissimule tout individu pour se plier aux exigences sociales.

« Si on va au fond des choses, la persona n’est pas si réelle. »


La persona ne jouit d’aucune réalité propre ; elle est le compromis entre l’individu et la société.

La conscience du Moi

La conscience du Moi est la jonction entre l’univers intérieur et le monde extérieur.

En intégrant à sa conscience une bonne part de ce qui lui est inconscient et agit à son insu, l’individu devient de plus en plus lui-même. Lorsque l’on rejette certains aspects de son Moi, ils glissent dans l’inconscient personnel.

L’inconscient

L’inconscient désigne ce qui relève de processus dont nous n’avons pas le sentiment, dont nous ignorons qu’ils se déroulent en nous, au moment où ils se déroulent.

L’inconscient personnel

Voici la description de l’inconscient personnel par Jung dans « Les Racines de la conscience (1954). »

« Cet inconscient décrit un état de fait extraordinairement flou : tout ce que je sais, mais auquel je ne pense pas momentanément. Tout ce dont je fus conscient autrefois mais qui est momentanément oublié. Tout ce qui est perçu par mes sens, mais à quoi mon conscient ne fait pas attention. Tout ce que je sens, pense, me rappelle, veux et fais sans dessein et sans attention, c’est-à-dire inconsciemment. Tout ce qui est futur, qui se prépare en moi et ne viendra que plus tard à la conscience. Tout cela est contenu dans l’inconscient. Ces contenus sont tous plus ou moins susceptibles de conscience ou furent du moins conscients autrefois et peuvent le redevenir d’un moment à l’autre. »

L’inconscient collectif

Jung découvre un jour, à l’occasion d’une lecture issue de la mythologie iranienne, le culte du dieu persan Mithra. Ce culte fut abandonné vers le Ve siècle par les Romains, remplacé par la chrétienté. Il n’est que très peu connu dans la Suisse du début XX.

Jung se rend compte que ce culte correspond presque point par point au délire d’un de ses malades hospitalisés quatre ans plus tôt pour schizophrénie.

Le malade, cordonnier et inculte, n’avait jamais entendu parler de ce culte, mais le revivait dans son délire plus de 1500 ans après. C’est une révélation pour Jung qui se dit que cette forme d’expression onirique éveillée, cet inconscient que lui indique le malade, va bien au-delà du simple « simple inconscient de la névrose» cher à Freud. Il y a un inconscient plus profond, plus lointain, plus archaïque.

Cet inconscient dit « collectif » aurait la faculté de se reproduire et de perdurer dans la société, apparaissant sous différentes formes. Du fait de son caractère transpersonnel, le concept d’inconscient collectif relève autant de la psychologie, de la sociologie, de la philosophie que de la mythologie.

On peut aussi le rattacher à la spiritualité : il serait alors une sorte de mémoire universelle. C’est un ensemble de représentations, d’idées, d’images communes à l’humanité, transmises de génération en génération. L’inconscient collectif plonge ses racines dans des temps immémoriaux.
Chaque individu serait l’héritier d’une longue chaîne de souvenirs, d’expérience accumulée au fil des générations.

Cet héritage provient de l’évolution génétique, mais aussi de la culture humaine, d’instincts partagés, de croyances et d’idéologies ancrées dans le passé, d’un imaginaire collectif, de stéréotypes, d’archétypes, de personnages, de récits, d’images ou de symboles…

Il semble qu’il n’y ait pas UN inconscient collectif, mais DES inconscients partagés à différents niveaux : famille, communauté, travail, nation, espèce humaine…

« Les instincts et les archétypes constituent l’ensemble de l’inconscient collectif. Je l’appelle « collectif » parce que, au contraire de l’inconscient personnel, il n’est pas fait de contenus individuels plus ou moins uniques ne se reproduisant pas, mais de contenus qui sont universels et qui apparaissent régulièrement. »

C.G.J

Représentation de la psyché selon la psychologie analytique

  1. le Moi ;
  2. le conscient ;
  3. l’inconscient personnel ;
  4. l’inconscient collectif ;
  5. l’inconscient collectif qui ne peut être connu, dit « inconscient archaïque ».

Les mécanismes inconscients contrôlent la plupart de nos comportements, nos choix, nos émotions, nos décisions, comme le montrent de nombreuses expériences de psychologie. La conscience ne serait que la partie émergée de l’iceberg des processus cognitifs.

D’après les neurosciences et contrairement à ce que postulait Freud, notre esprit ne tendrait pas vers plus de conscience, mais s’efforcerait de limiter cette dernière.

Si nous devions toujours réfléchir pour être capables de nous faire une image du monde extérieur et pour savoir ce qu’il faut faire, nous aurions disparu depuis longtemps. Le pilote automatique dans notre tête (l’inconscient) fait de nous ce que nous sommes, pas notre conscience.

Timothy Wilson- Université de Virginie

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